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Jusqu’où ira le mépris du droit international de la France au Sahara occidental ?

(Article mis à jour le 13 avril)

13 avril - Après la scandaleuse installation d’un bureau de La République En Marche à Dakhla, au Sahara occidental occupé, j’ai critiqué fermement la diplomatie de compromis cyniques française qui sacrifie le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.

Et j’ai interrogé le gouvernement si la France allait soutenir la demande de la République arabe sahraouie démocratique d’obtenir un siège de membre aux Nations Unies.

Un grand merci à Serge de l’association Havraise « Un Camion citerne pour les Sahraouis » pour sa précieuse contribution à cette question au gouvernement.

Ma question et leur réponse, en vidéo :

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Réponse reçue de la Présidence de la République (PDF - 468.2 ko)
Réponse reçue de la Présidence de la République
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2021/04/14/paris-regrette-la-creation-d-un-comite-de-la-republique-en-marche-au-sahara-occidental_6076716_3212.html
https://www.lefigaro.fr/flash-actu/paris-regrette-la-creation-d-un-comite-du-parti-lrem-au-sahara-occidental-20210413

9 avril - Emmanuel Macron dans les pas de Donald Trump : jusqu’où ira le mépris du droit international de la France au Sahara occidental ?

Dix jours avant les discussions au Conseil de sécurité des Nations Unies pour le renouvellement de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, la Minurso, nous apprenons que le parti d’Emmanuel Macron a décidé « pour célébrer les cinq ans de la naissance du mouvement » d’ouvrir une antenne de « En Marche » à Dakhla, indiquant qu’il se situe dans les « Provinces du Sud » du Maroc.

Or, Dakhla est une ville du Sahara occidental qui est occupée par le Maroc depuis plus de 40 ans comme l’indique le droit international et plus d’une quarantaine de résolutions des Nations Unies !

Ce choix à rebours du droit international du parti présidentiel va dans le sens du choix de Donald Trump, bien qu’il soit encore pire, puisqu’il est fait de manière rampante et sournoise.

Il n’y a pas de mots assez durs pour qualifier ces violations du droit international, alors même que des prisonniers politiques sahraouis sont torturés depuis une décennie pour leur combat pour la liberté, et que le Comité contre la torture des Nations Unies a condamné à deux reprises le Maroc pour avoir torturé à de multiples reprises des prisonniers sahraouis.

Plutôt que de s’essuyer les pieds sur le droit international, le parti présidentiel et Emmanuel Macron, son chef, feraient mieux de se pencher sur la souffrance du peuple sahraoui et sur les questions de la Paix plutôt que de jeter de l’huile sur le feu et de contribuer à alimenter les tensions au Maghreb.

Honte à ceux qui méprisent le droit des peuples à l’autodétermination !

Honte à ceux qui bradent le droit international pour des intérêts électoralistes à la veille d’élections locales et nationales !

Honte à ceux qui utilisent les conflits internationaux pour faire augmenter leur popularité en berne : Netanyahou, Trump et Macron, même combat ?

La lettre ouverte adressée à Stanislas Guérini, délégué général d’En Marche qui a ouvert un comité d’En Marche à Dakhla, au Sahara occidental occupé par le Maroc en disant qu’il s’agissait d’une ville « dans les provinces du Sud marocain ». Autrement dit, En Marche valide la théorie marocaine que le Sahara occidental lui appartient.

"Monsieur Guérini,

La décision de La République En Marche prise le 8 avril dernier par Jaoued Boussakouran référent de votre parti en Afrique du Nord et par la députée et vice-présidente du groupe d’amitié France-Maroc Marie-Christine Verdier-Jouclas, de créer un comité à Dakhla, précisant qu’il se situait « dans les Provinces du Sud marocain », a été ressentie comme une insulte au peuple sahraoui et au droit international.

Vous le saviez et vous ne l’avez pas empêché. Pour des considérations possiblement électoralistes à la veille des élections consulaires, départementales et régionales, vous avez préféré cracher sur le droit international, sur près d’une quarantaine de résolutions des Nations-Unies et sur plusieurs arrêts de la Cour de Justice de l’Union européenne, plutôt que de vous en tenir à la position requise, celle de la sagesse, qui consiste à ne pas jeter de l’huile sur le feu d’un conflit qui dure depuis près de cinq décennies.

Il y a trois semaines, j’ai posé une question au gouvernement à ce sujet. Il a dit « regretter » votre action. J’ai donc attendu que vous réagissiez publiquement et que vous fassiez machine arrière en supprimant la mise en place de ce comité. Maintenant je n’ai d’autre choix que de publier cette lettre, afin de faire connaître mon indignation et pour obtenir une explication sur cette décision.

Dans l’attente, il est évident qu’En Marche n’est plus digne d’être un acteur politique crédible tant que ce parti s’affiche ostensiblement pour la « marocanité » Sahara, au mépris du peuple sahraoui et du droit international. Comment prétendre être un mouvement ayant comme « valeur la liberté et la justice » quand vous violez délibérément le droit international ?

Monsieur Guérini, je vous invite à vous rendre dans les territoires occupés par le Maroc, voir la misère, les discriminations à l’encontre des Sahraouis, et les violations des droits humains au quotidien. Je vous invite à vous rendre en Algérie dans les camps où sont reclus des centaines de milliers de Sahraouis, déplacés depuis les années 1970, en attendant que le conflit soit réglé.

Je vous invite surtout à rendre visite aux prisonniers politiques sahraouis, dont plusieurs ont été reconnus torturés par le Comité par la Torture des Nations-Unies, parce qu’ils ont été violés des milliers de fois avec des ampoules électriques puis privés d’hygiène, parce qu’ils ont été tabassés quotidiennement, privés de nourriture, de médicaments, de sommeil, parce qu’ils ont été enfermés dans des cellules d’à peine quelques mètres carrés – trop petites pour s’allonger – durant des dizaines de mois dans le noir complet ou avec une lumière permanente, parce qu’ils ne peuvent sortir que quelques minutes par jour, parce qu’ils sont totalement privés de contacts avec d’autres détenus, et n’ont aucun droit de visite depuis plusieurs années, parce que l’épouse française de l’un d’entre eux n’a plus le droit de venir sur le sol marocain visiter son mari, parce que leur avocate française a été frappée durant leur procès, et qu’elle n’a plus le droit de venir sur le territoire marocain pour les défendre.

Je vous propose, Monsieur Guérini de venir les voir à la prison de Tiflet 2 ou à Kenitra. Vous pourrez leur dire que vous avez installé un comité dans « les provinces du Sud du Maroc ». Eux ne savent que trop bien que votre action va encore plus libérer la violence et l’impunité du régime marocain.

J’espère alors que vous aurez le courage de les regarder dans les yeux. Le courage de comprendre que ces personnes se sont battues et se battent encore pour la liberté de leur peuple, uniquement pour le respect du droit international et pour le droit à leur autodétermination.

Vous verrez ainsi concrètement ce que c’est de violer le droit international, et vous verrez l’oppression d’un régime brutal sur des humains qui ne se battent que pour le droit élémentaire d’exister et d’être reconnu.

J’espère qu’après avoir fait cela, vous comprendrez mieux qu’en installant ce minable comité, vous confortez le régime marocain dans cette impunité totale, et dans toutes les conséquences horriblement concrètes que cela suppose.

Enfin, j’espère qu’à la veille d’un déplacement d’élus français et d’acteurs du milieu économique au mois de juin au Maroc qui ressemble fort à une opération de charme visant à faire reconnaître la marocanité du Sahara par la France, vous vous souviendrez des conséquences de vos choix.

Daignez agréer, Monsieur le Délégué général d’En Marche, l’expression de ma considération.

Jean-Paul Lecoq"